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Relation employés-salarié : l'équilibre fragile

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En tant qu'entrepreneur de gauche, je suis de plus en plus mal à l'aise avec la complexité croissante du droit du travail et l'impossibilité, pour un dirigeant normal, d'appliquer le droit du travail sans le concours d'un ou plusieurs spécialistes. Embaucher est devenu en soi dangereux, en raison du cortège d'obligations immédiates et d'effets induis par l'embauche.

Rares sont les employeurs ayant plus de 10 ans d'expérience qui ne sont pas déçus de leurs rapports avec les salariés en général. Au bout de 10 ans, la moitié d'entre eux, souhaitent limiter au maximum les embauches, l'autre moitié ont une vision conflictuelle des rapports salariés-employeurs et ont adopté une approche dure de la gestion des salariés.

Cela provient du fait que l'évolution du droit et de la jurisprudence au cours des 20 dernières années obligent de plus en plus d'employeurs à prendre des précautions très importantes pour éviter les problèmes juridiques, et ce même s'ils sont de bonne foi et ne se classent pas dans la catégorie des exploiteurs : les problèmes à prévenir vont des démissions sans préavis qui se transforment en abandon de poste entraînant un licenciement pour faute par des salariés qui souhaitent bénéficier des indemnités Pole emploi, non accessibles normalement à des démissionnaires, aux salariés qui initient des procédures prudhommales pour négocier des indemnités de licenciement supérieures au minimum légal, lorsque ce ne sont pas des actions en harcèlement moral initiées par des salariés incompétents souffrant d'un manque de reconnaissance.

Si l'on ajoute une augmentation des charges sociales constantes depuis 15 ans, une suppression des exemptions et l'accumulation d'une série d'obligations sociales qui engendrent des coûts de gestion important, tout avancée sociale envisagée par le gouvernement peut vite générer une levée de bouclier.

Le problème est que chaque avantage consenti se traduit par des charges financières supplémentaires pour les entreprises dont les marges se sont déjà fortement érodées et qui sont pour nombre d'entre elles sur la corde raide.

Ce climat de tension nuit, probablement, au véritable progrès social qui devrait poursuivre une amélioration régulière des conditions de travail, d'existence et de soins des individus. On oppose ainsi souvent l'intérêt de l'entreprise et ses salariés. Or, l'entreprise n'étant pas une fin en soi, mais un moyen d'organiser l'activité des groupes d'individus dans un environnement susceptible d'améliorer leurs conditions, c'est bien évidement l'individu qui doit être au centre des préoccupations des législateurs. Reformulé, cela signifie que les gains de productivité doivent servir les personnes qui produisent et pas simplement ceux qui financent les gains de productivité. Les investisseurs n'ont pas a être servi en premier, au contraire de ceux qui travaillent. Si l'on ne respecte pas ce principe, on décourage le travail. Si la responsabilité des entreprises n'est pas d'assurer leur bonheur ou leur accomplissement, l'entreprise doit néanmoins contribuer à améliorer le sort des individus, dans la limite de ses moyens. 20 ans après la chute du communisme, on devrait avoir franchi une étape et enfin résoudre le problème de la divergence d'intérêt entre l'individu et son employeur. D'une certaine manière, les entrepreneurs sociaux contribuent à combler le fossé. Sujet de nombreux articles, études et blogs d'entreprise sur l'innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises s'intéresse tant aux moyens qu'aux capacités de l'entreprise à améliorer le sort des individus et à contribuer de façon efficace à l'évolution de la société.

Mais, tout est question de mesure car les équilibres sont fragiles. L'économie n'est pas un gros monstre statique, mais au contraire une machine en constant déséquilibre où les fluctuations économiques et autres composantes dynamiques réagissent et interagissent pour un équilibre global du marché, selon la théorie des modèles d'équilibre... Elle doit continuer à avancer et a besoin de facteurs d'équilibre. Si elle se développe trop rapidement, le vélo dérape. Si elle va trop lentement, le vélo tombe dans le fossé. Si les roues sont voilées, elles n'avancent pas droit et il faut plus d'énergie pour parcourir la même distance. Si le coût du travail est trop important, le vélo penche à gauche et peut même finir par tourner en rond. Si le coût du travail n'est pas suffisamment élevé, le vélo penche de l'autre côté et l'effet est quasiment le même.

Or, il semble qu'actuellement, ni les politiques, ni les responsables syndicaux ne pensent à maintenir ces précieux équilibres, qui sont nécessaires pour que le vélo continue d'avancer et prennent des décisions susceptibles de fausser durablement la direction du vélo et ignore la souffrance des 5 millions de chômeurs et de leurs 5 millions de parents qui ne se sentent plus du tout concernés par leurs arrangements et les avancées sociales dont ils parlent et qui ne les concernent plus depuis des années, exclus qu'ils sont du marché du travail.

 

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